La protection des talus de routes

        En 2003, à la deuxième conclusion de la cartographie des Orchidées de Dordogne, l'analyse des données fait apparaître des stations d'orchidées sur les bords et les talus de routes (61 sur des voies départementales, 59 sur des voies communales). L'idée que des milliers de fleurs soient fauchées chaque printemps lors du nettoyage des talus est insupportable d'autant qu'une bonne partie des sites abrite des espèces protégées.

Les routes départementales

        Le 3 août 2004 rendez-vous est pris par les membres de la SFO Dordogne avec M. Daniel Beauvois, directeur du Pôle Paysager du Conseil Général et, à ce titre, responsable des bords de route. Très rapidement nous constatons que sa sensibilité correspond à la nôtre et nous décidons d'engager ensemble une action visant à protéger les sites d'orchidées des talus de routes départementales. A notre charge le suivi des sites dont certains n'ont pas été visités depuis quinze ans. A celle de M. Beauvois le montage administratif et financier du dossier. Très rapidement il apparaît qu'une campagne d'information est indispensable. D'expérience nous savons que les destructions sont généralement la conséquence de l'ignorance dans laquelle se trouvent les déprédateurs. Il est donc décidé de placer des panneaux de part et d'autre des sites protégés du fauchage, indiquant "Fauchage retardé, nature préservée. Ne pas piétiner, ne pas cueillir". Ils serviront ultérieurement de repère aux agents de la DDE.

        Par coïncidence, M. Beauvois avait décidé de réunir régulièrement les acteurs de l'entretien des bords de routes, personnel du Pôle Paysager, techniciens et responsables de districts de la DDE, pour réviser le plan annuel datant d'une dizaine d'années. Un écologue est mandaté par le Conseil Général de la Dordogne pour une étude locale des bords de routes. Il exposera les problèmes et suggérera des solutions. M. Beauvois nous propose de participer à ces réunions qui s'échelonnent au rythme d'une par mois, de février à juin 2005. Les contacts noués avec le personnel de la DDE s'avèrent très ouverts. Leur discours pouvant se résumer en : "Donnez nous des techniques et des moyens aussi efficaces et non moins rentables et nous les appliquerons dans les limites de notre responsabilité". Le principe de fauchage est alors réduit à un seul passage de un mètre de large sur l'accotement au ras de la route entre mars et avril. Il sera renouvelé avant le 14 juillet et englobera le talus sur une hauteur raisonnable. Une solution alternative à l'épandage d'herbicides sera mise à l'étude dans les années à venir, le mulchage, qui consiste à répandre autour des obstacles habituellement arrosés de désherbants une couche de copeaux de bois trituré.

        Janvier 2005, M. Beauvois annonce que le budget concernant les panneaux d'information a été accepté. Pour l'instant il ne concerne que treize sites, mais M. Beauvois nous promet qu'il sera renouvelé chaque année tant que cela sera nécessaire. Les membres de la SFLO Dordogne se répartissent les zones à visiter et rencontrent un employé du Pôle Paysager qui pose des panneaux provisoires, repères pour la DDE. Après cette actualisation des données, il s'avère que trois sites ont disparu après réfection des routes : leur nombre tombe à dix.

        En fin de saison, on note que certaines espèces sont apparues ou réapparues. Enfin un site s'avère beaucoup plus long que prévu puisque pour trois cents mètres repérés, c'est cinq cents mètres qui ont été préservés abritant plusieurs centaines de pieds répartis sur sept espèces. L'opération est reconduite en 2006 : 6 stations supplémentaires sont préservées d'un fauchage destructif.

Les routes communales

        Le problème est tout autre par le simple fait qu'il n'existe pas de coordonateur pour l'ensemble du département. Chaque cas est particulier et dépend généralement de la sensibilité des cantonniers de la commune ou de la communauté de communes. Un courrier est envoyé aux cinquante maires concernés pour les sensibiliser à la biodiversité des talus de routes en mettant en avant les orchidées en guise de symbole. Dix d'entre eux se déclarent intéressés. Il a fallu pourtant les faire patienter en attendant que l'expérience de Champcevinel, commune de la périphérie de Périgueux porte ses fruits.

        Nous sommes alors au printemps 2005. Depuis deux ans une campagne de sensibilisation est menée auprès des agents communaux de Champcevinel. Le talus à orchidées traverse le village. Décrit en 1994, il fait 500 mètres et abrite 6 espèces d'orchidées. Il longe le GR 36 qui emprunte la route à cet endroit. En 2002, une recherche plus systématique l'étend à  1,3 kilomètre pour 9 espèces. Il a fallu trois saisons de sensibilisation auprès des agents communaux mais aussi de la population pour obtenir un respect de la biodiversité des talus  Orchidées. S'ajoutent les travaux de cinq étudiants du lycée agricole de Périgueux, section Gestion et Protection de la Nature pour réaliser une étude du site, une exposition à la bibliothèque du village en 2005 et des actions de sensibilisation auprès des enfants des écoles. Nous tablons sur la prise de conscience par la population de la richesse du patrimoine naturel qui s'étend en bordure de leurs propriétés.

        Le bilan de l'année 2005 dépasse nos espoirs : 1278 pieds de 11 espèces d'orchidées, 3 nouvelles zones découvertes car non fauchées cette année, et, hors orchidées, plus d'une centaine d'espèces de plantes dénombrées. En décembre, lors de la remise du compte-rendu des étudiants du lycée agricole, le maire et ses conseillers se sont déclarés intéressés et prêts à financer les installations proposées qui consistent en des panneaux de découverte de la vie des orchidées et des espèces peuplant la commune. Le soutien des élus est un grand réconfort pour les naturalistes de terrain. La compréhension des agents communaux un élément incontournable pour la préservation de l'environnement.

 

 

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